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Développement de l'art-thérapie en Europe

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Développement de l’art-thérapie en Europe.

L'art-thérapie s’est développée en Europe au cours du 20ème siècle, mais avec plusieurs différences avec les États Unis, et la manière dont elle a été intégrée dans le système de santé.

Le champ professionnel de l'art-thérapie a commencé à se développer au milieu du 20e siècle, avec le travail de pionniers de l'art-thérapie comme Margaret Naumburg aux États-Unis, Edward Adamson au Royaume-Uni et Jean-Pierre Klein en France. Ces pionniers s'intéressaient à l'utilisation de l'art comme outil thérapeutique pour les personnes souffrant de troubles mentaux, et ils ont commencé à développer les concepts et les pratiques qui allaient constituer la base du domaine de l'art-thérapie.

Les premières formes d'art-thérapie en Europe ont été développées au début du 20e siècle, les praticiens s'inspirant des travaux de psychiatres tels que Carl Jung et Sigmund Freud, qui avaient écrit sur le potentiel thérapeutique de l'art et de la créativité.

 

Carl Jung

Les idées de Carl jung, psychanalyste suisse, ont eu un impact significatif sur le développement de l'art-thérapie. Jung pensait que l'art était essentiel au bien-être humain et qu’il était le miroir de l'inconscient. Jung pensait également que les symboles, les images et les métaphores qui apparaissent dans les rêves, les mythes et l'art reflètent tous le fonctionnement de l'inconscient. Lui-même créait régulièrement quand il vivait des périodes difficiles que la réflexion n’était pas suffisante pour le calmer.

Dans les ouvrages « l’homme et ses symboles », « Psychologie et littérature » et "La psychologie du transfert", Jung écrit sur les effets thérapeutiques de la littérature, de la poésie et des mythes. Il parle également de la signification des symboles dans les œuvres littéraires et de leur lien avec l'inconscient et les expériences humaines.

Les idées de Jung ont été extrêmement influentes dans le domaine de l'art-thérapie, notamment en ce qui concerne l'utilisation du symbolisme et de la métaphore en thérapie et son reflet des processus inconscients. Son travail continue d'être étudié et appliqué en art-thérapie et ses théories ont servi de base au développement de méthodes et de techniques en art-thérapie.

Edouard Claparède

Dans les années 1920, le psychiatre et psychanalyste français Edouard Claparède a commencé à utiliser l'art comme outil thérapeutique dans son travail avec les enfants et a ensuite développé parmi les premiers programmes de formation en Europe. Ses idées et les méthodes ont eu une influence sur le développement de l'art-thérapie en Europe, notamment en France et dans les pays francophones.

Dans son travail de psychiatre, Claparède a constaté que de nombreux enfants étaient incapables d'exprimer verbalement leurs pensées et leurs sentiments, et il a commencé à utiliser l'art comme moyen de communication avec eux. Il a observé que les enfants étaient souvent capables de s'exprimer plus librement à travers l'art, et il a commencé à utiliser la création artistique comme un outil pour comprendre et traiter les problèmes émotionnels et comportementaux.

L'approche de l'art-thérapie adoptée par Claparède était influencée par sa formation en psychanalyse, et il pensait que le processus créatif pouvait être utilisé comme un moyen d'accéder aux pensées et aux sentiments inconscients. C’est encore là que l’art-thérapie trouve être une forme d’héritière de la psychanalyse et de la psychologie.

En plus de son travail avec les enfants, Claparède a également utilisé la création artistique avec des patients adultes dans les hôpitaux psychiatriques. Il a observé que l'acte de créer de l'art était bénéfique pour les personnes présentant un large éventail de difficultés émotionnelles et psychologiques.

Il a été l'un des premiers praticiens à développer des programmes de formation à l'art-thérapie, et son travail a contribué à établir l'art-thérapie comme une forme viable de traitement dans le domaine de la santé mentale. Ses contributions au domaine de l'art-thérapie ont été reconnues comme un travail de pionnier et continuent d'être étudiées et appliquées en art-thérapie aujourd'hui.

Parmi les autres pionniers de l'art-thérapie en Europe, citons D. Steno, J. H. Schultz et Margarethe Himmelweit, qui ont tous utilisé l'art dans leur travail avec les patients des hôpitaux psychiatriques et des cliniques de santé mentale.

 

Adrian Hill

Adrian Hill est considéré comme l'un des premiers à avoir parlé d'art-thérapie en Grande-Bretagne dans les années 30. Artiste et écrivain britannique, il a commencé à utiliser l'art comme outil thérapeutique dans son travail avec les patients. Il est surtout connu pour avoir développé le concept « d’art-thérapie sans art-thérapeute", qu'il a décrit pour la première fois dans son livre "Art Versus Illness" (1944).

À cette époque, Hill se remettait lui-même d'une grave maladie et était en convalescence dans un sanatorium. Il a constaté que le processus de création artistique l'aidait dans sa propre guérison. Ensuite, il a commencé à diriger des cours d'art pour les patients et a observé que l'acte de créer avait un impact bénéfique pour eux.

L'approche de Hill en matière d'art-thérapie était innovante, car il ne faisait pas appel à des art-thérapeutes qualifiés, mais aux patients eux-mêmes pour diriger les cours d'art. Il pensait que l'acte de créer de l'art était thérapeutique en soi, et que les patients pouvaient être aidés par le processus de création artistique. En somme, même s’il parlait d’art-thérapie, il ne se référait pas à une profession de soi, mais à cette rencontre entre une personne souffrante et sa création, qui lui faisait du bien.

L'approche de Hill était également fortement influencée par l'importance de la découverte de soi. Il pensait que la création pouvait être utilisée comme un moyen pour les gens de s'exprimer authentiquement, de comprendre leurs pensées et leurs sentiments, et de surmonter leurs difficultés émotionnelles. Adrian Hill a pavé le début de l'art-thérapie comme forme viable de traitement dans le domaine de la psychiatrie au Royaume-Uni.

L’art brut

"Art brut" est un terme créé par l'artiste français Jean Dubuffet pour décrire l'art créé par des personnes considérées comme étant en dehors du monde de l'art traditionnel. Cela inclut l'art créé par des personnes souffrant de troubles mentaux, ainsi que par des autodidactes ou des artistes marginaux.

De nombreuses personnes souffrant de troubles mentaux ont utilisé l'art comme moyen d'expression alors qu’elles vivaient enfermées dans des institutions psychiatriques. Cet art est souvent brut, émotionnel et débridé par les conventions artistiques conventionnelles, ce qui correspond aux caractéristiques de l’art brut, aussi parfois inélégamment nommé « l’art des fous ».

Dubuffet était particulièrement intéressé par ce type de création produit par des personnes souffrant de troubles mentaux, et il pensait que cet art avait une authenticité et une puissance qui faisaient défaut au monde de l'art traditionnel. Il constatait aussi que cette création artistique pouvait être thérapeutique pour ces personnes, un concept qui est aujourd'hui largement accepté par les professionnels de l'art-thérapie.

L'art créé par des personnes souffrant de troubles mentaux a fait l'objet de nombreuses expositions et collections, comme la collection Prinzhorn en Allemagne, qui détient plus de 5 000 œuvres d'art créées par des personnes souffrant de troubles mentaux, dont beaucoup peuvent être considérées comme de l'art brut".

L’art brut a permis de porter l’attention sur la valeur du processus artistique des personnes dites « souffrants de troubles mentaux » et de les reconnaître comme des artistes à part entière. Le problème qui est apparu en nommant cela de l’art-thérapie, c’est que les institutions psychiatriques ont offert des ateliers d’art aux personnes psychiatrisées, puis les ont « exposés » devant le public pour même parfois vendre les œuvres.

Dans le domaine de l’art-thérapie, les œuvres ne sont pas vues comme « exposables » ni même « vendables » à moins que le patient le demande et que cela participe à son mieux-être. L’art brut a donc apporté sa contribution au développement de l’art-thérapie et celle-ci s’est développée de plus en plus comme différente de toute ambition d’artiste.

Après la 2e guerre mondiale

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'intérêt pour l'art-thérapie s'est considérablement accru en Europe. Les événements tragiques de la guerre, ainsi que la prise de conscience croissante des effets psychologiques et émotionnels des traumatismes, ont entraîné un besoin accru de formes alternatives de thérapie. L'art-thérapie a été considérée comme un outil précieux pour aider les gens à exprimer et à travailler sur leurs émotions, surtout ceux qui n’avaient pas de mots pour exprimer leur souffrance psychique.

L'art-thérapie a d'abord été utilisée comme thérapie d'appoint aux formes traditionnelles de psychothérapie, notamment dans les hôpitaux psychiatriques et les cliniques de santé mentale. Au fur et à mesure que le domaine de l'art-thérapie s'est développé, des programmes d'art-thérapie ont été mis en place dans un nombre croissant d'hôpitaux et de cliniques de santé mentale en Europe.

La période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a également vu le développement de divers programmes, dans différents pays, ce qui a contribué à établir l'art-thérapie comme une profession à part entière en Europe. La Confédération européenne d'art-thérapie (EATA) a été fondée en 1979, afin de promouvoir la profession d'art-thérapeute et de fournir un soutien et des ressources aux art-thérapeutes dans toute l'Europe.

Dans la dernière partie du 20e siècle, l'art-thérapie a été de plus en plus reconnue comme un traitement pertinent dans le domaine de la santé mentale, et elle a été intégrée aux systèmes de santé de nombreux pays européens.  Son champ de pratique, d’application, d’enseignement et de recherches s’est développé de plus en plus.

Voici quelques art-thérapeutes européens qui ont permis de développer l’art-thérapie et sa formation professionnelle en Europe.

Edward Adamson (UK)

Edward Adamson était un art-thérapeute britannique qui est considéré comme le père de l'art-thérapie britannique et influent en Europe. Il a fondé le premier centre d'art-thérapie au Royaume-Uni dans les années 1970 et a été l'un des principaux défenseurs de l'utilisation de l'art-thérapie comme outil thérapeutique auprès d’une clientèle souffrant de dépression et de schizophrénie.

Adamson a également contribué à sensibiliser le public et les professionnels de la santé mentale aux bénéfices de l'art-thérapie. Il a également écrit plusieurs livres et articles sur l'art-thérapie qui sont devenus des classiques dans ce domaine. L'un de ses livres les plus importants est "Art as healing", publié en 1990.

Adamson pensait que laisser les gens s'exprimer librement sans interférer était le meilleur moyen de les aider. Il n'intervenait pas dans le travail artistique de ses patients, sauf s'ils décidaient de lui parler de leur création. Il pensait que la seule perspective valable sur une œuvre celle du créateur et non pas de l’art-thérapeute.

Il a également défendu l'idée que l'art-thérapie devait être accessible à tous, quelles que soient les compétences artistiques de chacun, et que le processus créatif était le plus important en art-thérapie, et non le résultat.

Le développement de l’art thérapie en France

L'art-thérapie en tant que domaine de la santé mentale se développe en France depuis les années 1950, mais elle n'a été reconnue officiellement comme une profession que dans les années 1990.

Jean-Pierre Klein est un art-thérapeute et psychiatre français qui est considéré comme l'un des pionniers de l'art-thérapie en France. Il a joué un rôle important dans le développement et la reconnaissance de l'art-thérapie en tant que profession en France.

 

Klein a commencé sa carrière d'art-thérapeute dans les années 1970 et a été une figure active dans ce domaine depuis lors. Il est l'auteur de plusieurs livres et articles sur l'art-thérapie, dont "Art-thérapie et psychanalyse" et "L'image mentale en art-thérapie".

 

En France, l'art-thérapie est souvent utilisée comme une thérapie complémentaire à la psychothérapie traditionnelle et est utilisée pour traiter une variété de conditions de santé mentale, telles que l'anxiété, la dépression et les traumatismes. Le développement de l'art-thérapie en France a été influencé par un certain nombre de facteurs différents, notamment le travail des art-thérapeutes pionniers, l'intérêt croissant pour les formes alternatives de thérapie et la reconnaissance de la valeur de l'expression créative dans le processus de guérison.

 

Les défis de l’art-thérapie dans les années 2000-2022

Le domaine de l'art-thérapie a été confronté à plusieurs défis au cours des 2 dernières décennies. L'un des principaux défis est le manque de compréhension et de reconnaissance de cette profession, encore mal comprise. Malgré le fait que l'art-thérapie est une profession bien établie avec une base théorique solide, beaucoup de gens ne savent toujours pas ce qu'est l'art-thérapie et la confondent avec d’autres choses qui n’en sont pas, par exemple des livres à colorier.

Une des faiblesses est le faible nombre de programmes de formation en art-thérapie. Bien qu'il des programmes d'études universitaires en art-thérapie aux États-Unis et dans le monde, il y a toujours une pénurie d'art-thérapeutes qualifiés pour répondre à la demande.

Un autre défi est le manque de recherche sur l'efficacité de l'art-thérapie par des données probantes et quantitatives. Bien qu'il existe un nombre croissant de recherches sur les bienfaits de l'art-thérapie, des études plus rigoureuses et nombreuses restent encore nécessaires pour démontrer son efficacité à ceux qui ne connaissent pas bien l’art-thérapie. Ce manque de recherche peut rendre difficile pour les art-thérapeutes d'obtenir un financement ou un remboursement pour leurs services, ce qui rend également difficile l'accès des clients à ce type de thérapie.

Enfin, la pandémie de COVID-19 a également présenté des défis pour les praticiens de l'art-thérapie, tels que la difficulté de mener des séances traditionnelles en personne, la difficulté d'accès au matériel et la nécessité de s'adapter à des modalités à distance.

Dans l'ensemble, le domaine de l'art-thérapie a été confronté à des défis en termes de reconnaissance, d'accès à la formation et aux praticiens qualifiés, et de financement de la recherche et de la pratique, mais de nombreux efforts ont été déployés pour y remédier et rendre ce domaine plus accessible à la population qui en a besoin.

L’art-thérapie continuera à se développer et à se faire connaître dans le futur, car elle offre une avenue originale au monde du soin.

 

 

RÉFÉRENCES

Adamson E, Timlin J. Art as healing. Boston, MA, London: Coventure; 1990

Jean Dubuffet, Prospectus et tous écrits suivants : L’Art brut préféré aux arts culturels, t. 1, Paris, 1962

Jung, C.J. (1997). Man & His Symbols. New York, NY: Bantam Doubleday Dell Publishing Group.

Jean-Pierre Klein, Violences sexuelles faites à enfant : Une nouvelle cliniqueNantes, Pleins feux, 2006.

Jean-Pierre Klein, L’art-thérapie, coll. « Que sais-je ? », 1997

Susan Hogan (2001). Healing arts: the history of art therapy. Jessica Kingsley Publishing

Adrian Hill: Art Versus Illness (G. Allen and Unwin, 1945)

Jean Piaget « La psychologie d'Édouard Claparède » Archives de psychologie Diane Waller (1991). Becoming a profession: the history of art therapy in Britain

 

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