Rêves et art-thérapie : un duo créatif
Écrit par Alice Albertini, art-thérapeute MA.
Cet article porte surtout sur l'art-thérapie plastique.
« Les images du rêve sont elles-mêmes des œuvres d’art, des dramatisations de l’âme qui aident, guident et élargissent la conscience. »
— Shaun McNiff, Art as Medicine (1992)
Introduction
Chaque nuit, le faiseur de rêves nous envoie un rêve, que nous nous en souvenions ou non. La plupart de ces rêves s'effacent dans les minutes qui suivent le réveil. Notre culture les range plutôt vers un « nettoyage » sans intérêt de notre cerveau-ordinateur. Pourtant, la psychanalyse de Freud et Jung considère le rêve comme le langage précieux de l'inconscient. Une langue particulière, faite d'images, de métaphores et de symboles, qui nous parle de nos profondeurs.
Or cette langue est principalement visuelle et non linéaire. Le rêve se montre à travers une scène incongrue, une couleur, un personnage et très peu de logique pour l’égo. L’interprétation des rêves est une pratique répandue, et l'art-thérapie offre un prolongement naturel et concret au travail sur les rêves. En effet, peindre, dessiner ou modeler l’image en lui donnant une forme, c'est créer un dialogue avec ce monde mystérieux de notre inconscient, et trouver notre chemin.
Cet article présente plusieurs approches de travail sur les rêves d’orientation jungienne. Puis nous explorerons comment la création plastique, l'écriture, le mouvement et le rituel ancrent le dialogue entre le conscient et l'inconscient, grâce à l’art-thérapie dite des profondeurs. Nous terminerons par une ouverture plus spirituelle, car les rêves offrent parfois un angle qui va bien au-delà de la psychologie personnelle.
Le travail sur les rêves (Dreamwork)
Différence entre Freud et Jung
Sigmund Freud et Carl Jung ne voyaient pas le travail sur les rêves nocturnes de la même manière. Bien qu'ils soient considérés comme la voie royale de l'inconscient, pour Freud, auteur de L'Interprétation des rêves (1900), chaque rêve a en son cœur un désir refoulé, souvent issu de l'enfance. Ce désir est déguisé : condensation, déplacement, symbolisation. Il y a également une notion de sexualité qui y est associée. Il faut donc percer le contenu manifeste pour atteindre le contenu latent, grâce aux associations libres.
D'un autre côté, Carl Jung considérait le rêve comme une expression naturelle de la psyché, ne cherchant pas tant à déguiser des désirs. Le rêve montre la situation intérieure telle qu'elle est. Le rêve compense les certitudes de l'attitude consciente et peut même montrer le chemin. Jung invitait aussi à rester près de l'image plutôt qu'à s'en éloigner par une chaîne d'associations. Cette fidélité à l'image explique pourquoi l'approche jungienne entre autres, a tant inspiré l'art-thérapie plastique.
Écouter une langue presque oubliée
Pour l'analyste jungien Robert A. Johnson, le drame du monde moderne est la coupure entre le conscient et ses racines inconscientes. Nous nous identifions uniquement dont nous sommes conscients. Dans Inner Work (1986), il rappelle que nos ancêtres entretenaient une connexion avec le mystère via le rêve, la vision, le rituel. De nos jours, ces pratiques sont perçues comme primitives ou superstitieuses, certainement pas sérieusement considérées comme scientifiques. Et paradoxalement, nous ne savons plus vers quoi nous tourner pour de la guidance et de la sagesse.
Toutefois, le rêve nous parle chaque nuit. Nous avons accès à ses messages individualisés, si nous voulons bien y passer du temps. Notre inconscient contient les références de chaque symbole qu'il produit spécialement pour nous. Chaque nuit, l'individu rêve de 4 à 8 rêves. Johnson propose une méthode en quatre étapes pour les décoder (même des fragments):
- Faire des associations libre à chaque image ;
- Voir le lien entre chaque image et nos dynamiques internes.
- Regarder la vue d'ensemble
- Faire un rituel, qui rend le rêve concret par un acte physique (par exemple créer quelque chose).
Comme beaucoup de psychanalystes jungiens, Robert Johnson conseille de se faire confiance, car nous possédons tous une boussole interne qui est capable de dialoguer avec ses rêves, son imagination et d’en retirer l’or.
Le rêve au service de l'individuation
L’individuation est le processus par lequel une personne se développe à maturité, se libérant des carcans sociaux et familiaux, pour réaliser son potentiel, authentique. Comme le gland contenant le plan du chêne, la psyché porte un dessein inné qui cherche à se réaliser.
Les trois analystes jungiens, Debra Stewart, Lisa Marchiano et Joseph Lee (du podcast This Jungian Life) alignent le rêve avec le processus d'individuation. Selon eux, il existe un « faiseur de rêve » dreammaker, une intelligence qui nous apporte chaque nuit une information nouvelle. Le rêve peut contredire, compléter ou confirmer notre attitude consciente. Comme l'image du miroir : plus notre attitude s'éloigne de l'équilibre, plus le rêve exerce une traction forte et nous envoie des images et des situations étranges.
Ils remarquent que dans les rêves, personne n'a tort, sauf peut-être le « moi du rêve », c'est-à-dire le « je » qui vit la scène et qui juge les situations avec ses propres dynamiques. Le rêve qui nous effraie, nous répugne ou nous contrarie apporte souvent ce dont nous avons besoin pour grandir.
Saisir le message existentiel
Psychologue et art-thérapeute québécoise, Johanne Hamel travaille avec les rêves depuis plus de quarante ans. Son ouvrage Rêves, art-thérapie et guérison (2017) reste l'une des rares références francophones sur le sujet.
Elle n'invite pas ses clientes à « comprendre la signification » d'un rêve, avec de la logique. Elle parle plutôt de « saisir le message existentiel du rêve» : percevoir ce que le rêve révèle de notre façon de vivre aujourd’hui et ce qui est invité à changer. Le rêve n’a pas résoudre quelque chose, mais la rêveuse peut sentir si ce qui s’y passe peut la guider vers une vie plus alignée.
En art-thérapie, la guérison psychique désigne l'intégration progressive des parties de soi oubliées. Carl Jung considérait que le symbole avait à la fois un aspect expressif et un aspect réactif : nous exprimons notre réalité psychique, puis nous réagissons à notre propre expression. Ce second mouvement est au cœur de l'art-thérapie.
Toutes ces approches observent que aucun symbole n’a de sens fixe. Il n’est donc pas recommandé de prendre un dictionnaire de rêves pour y saisir un sens, car c’est souvent simpliste et peu individualisé.

Les types de rêves : des fonctions différentes
Il existe différents types de rêves. Ils ne se valent pas et ne se travaillent pas de la même manière.
Pour un-e art-thérapeute il est important d’en connaître les différences.
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Type de rêve |
Fonction principale |
Exemple |
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Compensatoire |
Rétablir l'équilibre face à une attitude consciente trop unilatérale (Jung) |
Une personne très conciliante rêve qu'elle explose de colère |
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Prospectif |
En début de thérapie, annoncer le chemin à parcourir |
Pendant un déménagement, rêver d'une maison inconnue qui se révèle familière |
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Récurrent |
Revenir sur un thème non intégré, chaque fois sous un angle un peu différent |
Rêver d'un ancien partenaire pendant des mois après une rupture |
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Cauchemar |
Attirer l'attention sur un danger psychique ignoré ; donner forme à une peur sans nom |
Un escalier sous lequel se trouve un monstre endormi |
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Résolution et ressources |
Proposer une issue à un conflit ou révéler une force intérieure |
Un avion qui chute puis remonte soudainement |
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Créatif |
Offrir une œuvre, une idée ou une solution à réaliser |
Rêver de vêtements et les dessiner au réveil |
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Incubation |
Répondre à une question posée consciemment avant de dormir |
Un feu aux flammes bleues qui guérit des chagrins |
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Transpersonnel ou sacré |
Mettre en contact avec le Soi, le sacré, les archétypes |
Un clown dans un miroir qui invite à « passer de l'autre côté du miroir » (Hamel) |
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Lucide (peut se developer) |
Prendre conscience que l'on rêve, pendant le rêve |
Carlos Castaneda considérait que ce genre de rêve permettait la maîtrise des processus inconscients. (voir ref*) |
Précaution : cauchemar ou rêve post-traumatique ?
Monica Carpendale (2021) insiste sur une distinction importante sur les cauchemars. Un cauchemar symbolique peut être exploré par l'association libre et apporter un grand soulagement. Le rêve post-traumatique, lui, rejoue des événements réels. Il ressemble davantage à une mémoire émotionnelle qu'à un rêve et ne se travaille pas de la même manière. Il relève d'un accompagnement spécialisé en traumatisme.
Combiner rêves et art-thérapie
Rendre le rêve tangible et dimensionnel
Jill Mellick, psychologue et artiste, part d'un constat simple dans The Art of Dreaming (2001). Nous vivons un rêve, puis nous l’écrivons sous forme de récit linéaire, avec un début, un milieu et une fin. Or, beaucoup de rêves ne sont pas des histoires. Pour Mellick, ce sont plutôt des tableaux, des poèmes, des pièces de théâtre. Elle suggère de trouver la « forme artistique organique » de chaque rêve. Il s'agit de laisser ses rêves « se peindre, se danser, se sculpter eux-mêmes ».
C'est ici que l'art-thérapie trouve toute sa pertinence. Dans les années 50, Margaret Naumburg, pionnière de l'art-thérapie, invitait déjà ses patients à dessiner leurs rêves. Elle y voyait une parole symbolique plus directe que le discours.
Ce que le processus fait émerger
Johanne Hamel considère l'art comme une méthode privilégiée pour travailler le rêve et intégrer ses messages. Le simple fait de reproduire une image onirique provoque souvent de la surprise. Il y a parfois de la fierté et de l’apaisement à offrir une forme concrète à une réalité intérieure diffuse.
En art-thérapie, elle recommande de suivre ces étapes :
- Explorer une image du rêve via le matériel d’art. On part de l'« image primordiale », celle qui reste en tête au réveil. Nul besoin de savoir dessiner.
- Traduire en mots son processus. On note ses réactions pendant la création : une partie que l'on n'aime pas, une couleur, une forme apparue malgré soi.
- Faire ressortir le message existentiel. On formule ce que le rêve dit de notre façon de vivre.
Pour les états d'âme diffus, Hamel propose de dessiner de manière abstraite en lignes et en couleurs, « l'état d'âme insaisissable » du rêve. Mellick décrit une pratique proche, la « peinture énergétique » : yeux mi-clos, on laisse la main non dominante s’exprimer au papier, l'énergie que le rêve a laissée dans le corps. Il n’y a jamais besoin de que cela « ressemble » à ce qui venait du rêve.
L’image du rêve nous parle
L’art-thérapeute canadienne Monica Carpendale adopte une approche phénoménologique vis-à-vis du rêve en art-thérapie. Dans A Geography of Dream Work and Art Therapy (2021), elle propose de créer une œuvre à partir du rêve, puis d’établir un dialogue avec elle. Le rêve est raconté au présent, à la première personne. Dans un rêve, tous les personnages, toutes les parties du rêve sont considérées appartenir au rêveur, même celles dans lesquelles il ne se reconnait pas.
Inspiré par James Hillman, sur l’autonomie de l’image, l’art-thérapeute Shaun McNiff, invite le rêveur/artiste à laisser l'image parler comme une personne le ferait. Après la création, il est crucial d’écouter parler l’image, sans essayer de l’interpréter. C’est là ou des informations importantes peuvent être communiquées.
Comme matériel, Monica Carpendale propose le mandala de rêve, pour cartographier les polarités et les figures principales, ainsi que le collage et la création d’une carte. Surtout, elle insiste sur la posture de l’art-thérapeute : une attitude de « non-savoir ». Le changement ne naît pas de l'interprétation, mais de ce qui se crée entre l'art-thérapeute, la personne et la création.
Bruce Moon (2007), figure de l'art-thérapie existentielle, va dans le même sens. L'œuvre est placée entre le rêveur et l'art-thérapeute. Elle devient un partenaire à part entière d'une relation à trois. L'art-thérapeute s'abstient de tout commentaire interprétatif.

Au-delà des art plastiques
Les mots condensés du poème
Il n’est pas obligatgoire de dessiner ou de peindre son rêve. Le poème est une autre forme artistique, qui s’harmonise très bien avec la non-linéarité du rêve. Jill Mellick propose plusieurs exercices : écrire un rêve à la manière d'un haïku, le transformer en conte, ou en tirer un « mythe de vie ». Pour un cauchemar, elle suggère de l'écrire d'un trait, puis de ne garder qu'environ la moitié des mots, dans leur ordre d'origine, pour composer un poème court. Cela « encadre » l'affect débordant du cauchemar et permet d’en contenir la charge.
Le corps qui rend visible
Quand on raconte un rêve, observe Mellick, les mains s'animent. Elles miment la cascade, le rocher qui tombe, l'animal qui fuit. Le corps exprime le rêve alors que les mots peuvent être limités. Rejouer les mouvements d'un rêve, bouger comme l’animal onirique ou fabriquer le masque d'un personnage permet d’exprimer somatiquement le rêve et d’en retirer d’autres messages. Par contre, il faut observer ce mime sans jugement. Ces pratiques rejoignent la danse-thérapie et la dramathérapie, autres modalités de la thérapie par les arts.
Le rituel : ancrer le rêve dans la matière
Robert Johnson rappelle de faire quelque chose avec ses mains, inspiré du rêve. Une action physique affirme à l’inconscient que le message est reçu (même s’il n’est pas forcément compris). Le rituel bénéficie d’être petit, subtil, solitaire et silencieux. En parler aux autres dissous son importance. Par exemple, si dans le rêve, il y a des membres de notre famille, il n’est pas recommandé de confronter la personne, étant donné que dans le rêve, c’est surtout une projection. Le rituel, permet de faire quelque chose tout en prenant conscience qu’il s’agit surtout de parts de soi. Le rituel agit dans les deux sens. Il imprime le message dans la conscience et il renvoie aussi un signal à l'inconscient : « j’écoute ce que tu dis. » Bien évidemment, si les enjeux du rêve sont récurrents, angoissants ou très chargés, il est conseillé de consulter quelqu’un de formé pour ce travail avec les rêves. C'est précisément ce cadre que l'art-thérapie professionnelle garantit.
Étude de cas : le cheval aux yeux bandés
Profil : Marc, 52 ans, traverse une période de perte et d'isolement
Contexte : Marc rêve qu'il se tient dans un lieu désert, près d'un bassin d'eau bleue lumineuse. Un serpent sort de l'eau et mue sous ses yeux. Un cheval palomino arrive, les yeux bandés d'un foulard rouge. Le cheval baisse la tête et le bandeau tombe. Marc se réveille avec un sentiment de renouveau.
Parcours en art-thérapie : Marc peint la scène à l'acrylique, puis écrit le récit du rêve. L'œuvre est placée entre lui et l'art-thérapeute, qui relit le texte à voix haute. Marc souligne les phrases clés, puis associe librement sur chacune. Le serpent lui rappelle une ancienne peur, et la mue un changement intime auquel il assiste. Le cheval aveuglé évoque sa force masculine, qui l'empêche parfois de voir. Le bandeau qui tombe quand le cheval baisse la tête lui parle de lâcher prise dans les conflits. L'art-thérapeute reformule en tant que témoin de ce qui se passe. Marc finit par une synthèse : « Je suis plus fort quand j'accepte de partager mes vulnérabilités. ». Suite à cette prise de conscience, Marc s'engage à parler de ses insécurités à sa conjointe. En rituel de clôture, il lit son engagement directement à sa peinture.
(Adapté de Bruce L. Moon, Dialoguing with Dreams in Existential Art Therapy, 2007)
Dimension spirituelle : courtiser le rêve
Toko-pa Turner, auteure et spécialiste du rêve, associe le travail jungien sur les rêves à la tradition soufie. Dans The Dreaming Way, Courting the wisdom of dreams (2024), elle propose une perspective différente : le rêve n’est pas qu’un message de l’inconscient personnel. Il est animé par une sagesse plus profonde et vaste, qu’elle nomme Sophia.
Courtiser un rêve, c’est renverser la logique habituelle. Nous ne cherchons pas à obtenir quelque chose du rêve, mais à découvrir ce qu’il désire, puis à y répondre. Comme dans une relation durable et réciproque.
Toko-pa compare ce processus à une fugue de Bach. Le rêve est la mélodie d’ouverture. Notre « réponse » peut être de l’écrire ou de le peindre. Associations, synchronicités, mythes et contes enrichissent ensuite la conversation. En art-thérapie, l’œuvre n’est pas une simple illustration du rêve : c’est une réponse qui appelle, à son tour, une réaction de l’inconscient.
L’attitude requise est une « réceptivité active » : poser les bonnes questions, laisser du silence, accepter le « non-savoir ». Turner y voit également une forme de prière.
Cette lecture spirituelle prolonge la vision jungienne, pour qui le Soi était le centre sacré de la psyché. L’art-thérapeute qui accompagne ses clients avec les rêves, devrait apprendre à accueillir ces aspects spirituels sans dogme, dans le respect des croyances de chacun.
Travail sur les rêves avec un cadre clair
Plusieurs des auteurs cités proposent des exercices que chacun peut pratiquer seul-e. Ils posent pourtant quelques limites. Le matériel onirique peut être très intense et révéler des choses qui dépassent la pratique personnelle. Si les émotions menacent votre fonctionnement, consultez un art-thérapeute, un psychologue ou un psychothérapeute formé. Monica Carpendale distingue les rêves post-traumatiques, qui demandent un accompagnement spécialisé.
Dessiner son rêve dans un carnet n'est pas de l'art-thérapie. L'art-thérapie professionnelle est une psychothérapie qui réunit trois éléments : la personne, l'art et un art-thérapeute formé. Cette formation exige au minimum trois ans d'études, des stages et de la supervision. En France, il n'existe pas encore de diplôme d'État en art-thérapie. Il est donc essentiel de vérifier la formation de la personne qui vous accompagne.
Faits saillants
- Le rêve est une communication de l'inconscient avec des images et de symboles.
- Le rêve est un langage qui peut être décodé par un travail actif et personnel.
- Le rêve soutient le processus d'individuation : il contredit, complète ou confirme notre attitude consciente (Dream Wise).
- Il ne s'agit pas de comprendre forcément son sens, mais d'en retirer le message existentiel (Hamel).
- Les rêves ont différentes fonctions: compensatoire, prospective, récurrente, cauchemardesque, créative, spirituelle.
- Peindre, modeler ou mettre en mouvement une image de rêve peut mener à des prises de conscience (Mellick, Hamel).
- L'œuvre devient un partenaire de dialogue d’égal à égal avec le moi du rêveur.
- L'art-thérapeute accompagne la personne sans interpréter (Carpendale, Moon).
- Le rituel, petit et silencieux, ancre le message du rêve dans la vie concrète
- Le rêve ne reflète pas toujours l’inconscient personnel, mais parfois c’est le collectif, c’est donc un message transpersonnel (ou spirituel).

Conclusion : répondre au rêve dans sa propre langue
Le rêve nous parle chaque nuit, que nous en tenions compte ou pas. Le dialogue régulier avec ses rêves est une ressource pour devenir plus authentiquement soi. Robert Johnson y voit un remède à la coupure moderne entre conscient et inconscient. Johanne Hamel y voit un chemin de guérison, au sens d'une intégration progressive de soi. Turner y voit une relation sacrée avec la sagesse universelle. Le travail sur les rêves va toujours apporter quelque chose à notre développement et équilibre, si nous nous en donnons la peine.
L'art-thérapie va apporter à ce dialogue un élément important : la matière, la forme, l’aspect tangible. Une image peinte ou sculptée garde une trace. Elle reste là, sur la table, et reste en mémoire. Elle peut être regardée, questionnée, transformée. Elle peut servir de point de départ à une démarche profonde . Et la personne découvre, devant sa propre création, un miroir de qu'elle portait sans le savoir. C’est toujours mieux que d’attendre que notre thérapeute ou notre psychanalyste décode ce rêve pour nous.
Pour les art-thérapeutes, le travail sur les rêves ouvre un champ riche et peu documenté hors psychanalyse. Cette spécialisté demande une solide formation, une posture d'humilité et le respect du rythme de chacun. L'art-thérapeute doit avoir aussi fait ce travail sur ses propres rêves avant de pouvoir accompagner quelqu’un. Il rappelle aussi l'essence de notre profession : accompagner l'émergence d'images qui transforment, sans y projeter nos propres hypothèses et nos convictions.
Pour aller plus loin
D’autres articles de blogue :
article sur les mandalas en art-thérapie,
article sur l'alchimie polarisation et transformation
Références
Carpendale, M. (2021). A geography of dream work and art therapy. Trafford Publishing.
Freud, S. (1967). L'interprétation des rêves (I. Meyerson, trad.). Presses universitaires de France. (Œuvre originale publiée en 1900)
Hamel, J. (2017). Rêves, art-thérapie et guérison : de l'autre côté du miroir. Éditions Québec-Livres.
Hamel, J. (2021). Dreams and Nightmares in Art Therapy. The Dream of the Jaguar. Routledge.
Johnson, R. A. (1986). Inner work: Using dreams and active imagination for personal growth. Harper & Row.
Jung, C. G. (1998). Sur l'interprétation des rêves (A. Tondat, Trad.). Albin Michel.
Marchiano, L., Stewart, D., & Lee, J. (2024). Dream wise: Unlocking the meaning of your dreams. Sounds True.
McNiff, S. (1992). Art as medicine: Creating a therapy of the imagination. Shambhala.
Mellick, J. (2001). The art of dreaming: Tools for creative dream work. Conari Press.
Moon, B. L. (2007). Dialoguing with dreams in existential art therapy. Art Therapy: Journal of the American Art Therapy Association, 24(3), 128–133. https://doi.org/10.1080/07421656.2007.10129428
Naumburg, M. (1966). Dynamically oriented art therapy: Its principles and practices. Grune & Stratton.
Turner, T. (2024). The dreaming way: Courting the wisdom of dreams. Her Own Room Press.
Livres en français
- Carl Gustav Jung – Sur l’interprétation des rêves (1998)
- Johanne Hamel - Rêves, art-thérapie et guérison (2017).
- Sigmung Freud - L’interprétation du rêve (1900)
- Marion Milner - Rêver peindre : l'inconscient et la peinture (1999).
- Jacques Montangero - Comprendre ses rêves pour mieux se connaître (2007)
- Nicole Gratton - Rêves et symboles (2003)
- Carlos Castaneda - L'Art de rêver. Les Quatre Portes de la perception de l'univers (1996)
- Bénédicte Uyttenhove - Et que disent vos rêves ? : pensée jungienne et monde onirique (2013)
Sites web sur les rêves
- IASD — International Association for the Study of Dreams
- This Jungian Life : le podcast de Lisa Marchiano, Deborah Stewart et Joseph Lee, avec l'analyse de rêve d'un auditeur à chaque épisode (en anglais)
- Toko-pa Turner et la Dream School : blogue et formations sur le travail des rêves (en anglais)
- Blogue en français par Jean Gagliardi
