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L'exploration des sens en art-thérapie : un chemin holistique vers soi

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Écrit par Alice Albertini, art-thérapeute MA

Cet article aborde l’art-thérapie plastique.

 

Introduction

Voir une couleur vibrer sur la feuille. Sentir le glissement de l'argile humide sous les paumes. Renifler l'odeur des pots de peinture. Prêter l'oreille au frottement du pastel sec sur la feuille. Une séance d'art-thérapie peut ouvrir plusieurs portes vers le voyage intérieur.

L'art-thérapie est souvent décrite comme une approche qui permet de dire sans le recours au langage. Cette idée est juste, mais incomplète. Avant qu'une chose puisse se raconter à l'extérieur, il faut d'abord la percevoir et la ressentir à l'intérieur. C'est précisément là que les sens entrent en jeu.

 

 

Du point de vue physiologique, les sens sont les mécanismes qui nous permettent de percevoir : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher (définis ainsi depuis Aristote). Il en existe d'autres, comme la proprioception et le système vestibulaire, sans oublier l'intuition, parfois appelée sixième sens. Cette variété d'antennes réceptrices nous offre une expérience vécue multidimensionnelle, qui peut être intense, extraordinaire ou traumatique. Inclure une attention particulière aux sens enrichit considérablement la séance d'art-thérapie, autant pour le client que pour l'art-thérapeute.

L'art-thérapeute américain Shaun McNiff rappelle que l'expérience sensible précède l'interprétation. Avant de choisir un matériau, on le regarde, on le touche, on le hume. Avant de comprendre une image, on la reçoit. L'acte créateur ne peut être réduit à une lecture intellectuelle ou symbolique : il remet le vécu physiologique au centre.

En pratique, les sens ne fonctionnent pas de manière isolée. Ils se répondent, se mélangent, s'éveillent mutuellement. Mais les distinguer un instant permet de mieux comprendre comment l'expérience créative devient, dans l'espace thérapeutique, un chemin de présence, de symbolisation et parfois de transformation.

 

 

Les médias en art-thérapie : un cadre pour méditer sur la matière

Avant de présenter comment chacun des sens s’articule dans la séance d’art-thérapie, il est utile de poser une structure. Le Continuum des Thérapies Expressives ou CTE formulé par Kagin & Lusebrink (1978), puis développé par Lisa Hinz (2019), propose d'articuler le rôle des médias artistiques avec les fonctions psychiques. C’est un modèle issu des art-thérapies créatives et non de la psychologie. Ce modèle distingue trois niveaux suivant le niveau de développement: kinesthésique/sensoriel, perceptif/affectif, cognitif/symbolique, auxquels s'ajoute un niveau créatif intégratif. Chaque composante est associée à des fonctions cérébrales spécifiques et à des effets thérapeutiques (Hinz, 2015). Un art-thérapeute professionnel aura donc intérêt à connaître l’effet des matériaux pour proposer ce qui est le plus adéquat à ses clients.

Ce continuum a permis de mettre en lumière que le choix d'un médium n'est jamais neutre. Une argile humide, une aquarelle, un crayon graphite ou une feuille de carton ne poussent pas les mêmes passages psychiques. Hinz suggère d’envisager les matériaux selon un axe fluidité–résistance : les médiums fluides (peinture, pastel sec, argile humide) tendent à favoriser l'expression affective et sensorielle, tandis que les médiums résistants (crayons, collage, sculpture) sollicitent la structure cognitive et la contenance. Il est important que l’art-thérapeute prenne le temps d'expérimenter chaque matériau elle-même (ses préférences, ses aversions), avant de le proposer en séance à ses clients.

 

 

Quand la vue ne sert pas qu’à regarder

La vue semble être le sens le plus manifeste en art-thérapie. Après tout, il est question de lignes, de formes et de couleurs dans les arts plastiques. La vue en art-thérapie n’est pas seulement observer un résultat visible sur le papier. Les yeux ne sont pas mobilisés seulement pour examiner les détails et l’ensemble de l’image. Il y a aussi une qualité de contemplation. De regarder. De noter les détails, mais aussi de noter l’effet que l’image nous fait. La vue participe au processus, à mesure que le processus de création fait émerger l’œuvre petit à petit.

Dans son essai d’art-thérapie, l’art-thérapeute Marianne Daoust montre les couleurs ne relève pas exclusivement d'une esthétique. Elle propose plutôt d’approcher l’image comme une expérience vécue, ressentie, à l’intérieur. Donc examiner attentivement l’image, en prenant son temps, va avoir un effet sur le corps et les émotions vécues. La vue nous fait recevoir l’image en profondeur, si nous y sommes assez ouverts.

Dans le vocabulaire de l'ETC, cette rencontre avec l’image engage particulièrement les composantes perceptive/affective. L’aspect perceptif est à propos de la forme, des lignes, de la structure ou répétitions qui se trouvent dans l’image. Souvent le dessin et la géométrie sont associés à la composante perceptive. La composante affective, est ce qui dans l’image nous donne une résonance émotionnelle, soit agréable, soit répulsive. Souvent, ce sont les couleurs vives et les médiums liquides, comme l’aquarelle ou les encres qui sont associés à la composante affective de l’ETC.

De plus, la vision joue un rôle important dans la prise de distance. L'image peut donner un effet intense à son créateur (surtout s’il vient de représenter quelque chose de traumatique). Prendre du recul permet de retrouver son pouvoir face à elle. Une forme, une couleur ou une composition peuvent devenir un contenant psychique. Et le client peut toujours négocier la distance à laquelle il veut observer ce qu’il a créé. S’il s’éloigne, l’image peut devenir moins menaçante. Cela devient regardable. Il est aussi intéressant de fermer les yeux et de toucher l’image pour comparer l’effet que l’image a, avec et sans la vue.

En art-thérapie, voir est un acte relationnel. On voit ce qu'on crée, mais on apprend aussi à se voir autrement à travers ce qui a été créé.

 

 

Le toucher : là où la matière pense avec les mains

Margaret Atwood a écrit: « Le toucher précède la vue, qui précède la parole… C’est le premier langage et le dernier, et il dit toujours la vérité. » Le toucher est parmi les sens le plus primitif. C’est le sens du contact physique direct. Le petit bébé reçoit l’expérience du monde d’abord par le toucher. C’est le contact tactile chaleureux avec sa mère qui le fait se sentir aimé et en sécurité. Une grande partie du néocortex est relié aux mains ; stimuler le toucher active donc ces zones cérébrales essentielles au lien relationnel et à la capacité à être bien dans son corps.

En art-thérapie, il n’y a pas que les outils de dessin. Il y a aussi la peinture à doigts, l’argile, la pâte à modeler et d’autres matériaux. Toucher la matière, c'est entrer dans une relation immédiate avec le monde. Alors que la vue nous offre la distance, le sens tactile rapproche. Le toucher engage la peau, la pression, la température, la texture et la densité. Il nous oblige à composer avec quelque chose directement. Le toucher direct (avec les doigts ou la peinture ou l’argile) apporte une dimension que les outils (pinceaux, crayons) ne font pas. Il permet d'accéder à des sensations plus profondes qu'avec un stylo. Par exemple, la peinture à doigts, ou plonger ses mains dans le sable mouillé à la plage, tout cela a un effet d’ancrage et d’apaisement. Le toucher et les sensations ramènent l’enfant (ou l’adulte qui joue) dans le moment présent.

Le toucher est relié avec la composante sensorielle selon l’ETC (Hinz, 2019), dont les bienfaits en art-thérapie sont bien documentés. Dans le livre « Healing Trauma in Children with Clay Field Therapy » Cornelia Elbrecht propose des dispositifs d’art-thérapie avec des carrés d’argile auprès d’enfants, car ses effets sont très thérapeutiques.

Premièrement, toucher de l'argile avec ses mains permet de communiquer directement avec le cerveau archaïque, là où sont logés les souvenirs traumatiques que la parole ne peut atteindre. Ensuite, les mouvements comme lisser, pétrir, frapper aident à réguler le système nerveux et ont un effet apaisant. L'argile est une partenaire neutre, ce qui peut en faire un objet transitionnel pour l’enfant. Le contact avec l’argile offre aussi cette sensation d’enveloppement (d’ailleurs, n’apprécions-nous pas les bains de boue ?) Qui rappelle une étreinte maternelle sécurisante.

En art-thérapie, certaines personnes peuvent être dégoûtées par l’argile, son aspect ou sa texture et se sentir envahies, par les différentes sensations qu’elle peut soulever. Il est essentiel pour l’art-thérapeute de prêter attention à cela et toujours laisser le choix.

Le toucher n'est pas important qu’avec l'argile : le textile, le papier froissé, étaler le pastel, le côté granuleux de certains matériaux, qu’on peut coller ou assembler.  Les matériaux ont tous un mode de relation différent et à explorer. Certains invitent à l'expansion. D'autres favorisent la précision. Certains contiennent. D'autres permettent le débordement ou des coulures. Le choix du médium n'est jamais neutre. C’est ce que le continuum fluidité-résistance de l’ETC permet de mettre en lumière.

En contexte thérapeutique, le toucher peut contribuer à l'ancrage. Pour une personne dissociée, anxieuse, faire attention à la sensation tactile d'une matière peut l’aider à rester présente. Sentir sous les doigts une surface, une épaisseur, une humidité ou une résistance peut parfois faire plus que de « conseiller de se calmer ».

Toucher, en art-thérapie, c'est se souvenir que nous sommes ici maintenant, concrètement.

 

 

L'ouïe : écouter le processus, le rythme et les silences

On parle moins souvent de l'ouïe dans l’art-thérapie modalité plastique, et pourtant elle est partout. Si on y prête attention, il existe des sons très concrets, discrets : un pinceau qu'on lisse, des ciseaux qui coupent, une feuille qu'on froisse, une craie qui crisse. Lorsque la personne est absorbée dans la création, ce sont des bruits qui remplissent la pièce. Si la personne lutte pour arriver à quelque chose, les bruits peuvent être plus marqués. Il y a aussi des murmures ou des marmonnements, les temps de silence, ou tout simplement une conversation. L’ouïe consiste à faire attention aux différents sons et surtout à écouter.

L’art-thérapeute peut proposer une méditation ou visualisation guidée à son client, qui écoutera en fermant les yeux. Des instruments ou bien une musique peuvent aussi être proposés à la séance pour accompagner la personne dans sa création. Les musicothérapeutes possèdent une grande expertise dans l’art et la manière d’accompagner, avec les sons et la musique. Le choix de la musique dans une séance n’est jamais neutre, car elle induit des émotions, un rythme, une dynamique ou au contraire un apaisement.

L'ouïe renseigne sur le rythme d'une personne. Certains gestes de création sont rapides, saccadés, presque défensifs. D'autres sont répétitifs, enveloppants, méditatifs, au ralenti. Ce rythme sonore n'est pas un détail. Il s'inscrit naturellement dans la composante kinesthésique de l'ETC, où le geste rythmé devient lui-même curatif (Hinz, 2015).

Bien sûr, l'ouïe concerne aussi l'écoute clinique de l'art-thérapeute. En séance, il ne s'agit pas d'entendre ce qui est dit, mais de quelle façon c’est dit. Une personne peut parler beaucoup et très fort pour ne pas ressentir. Une autre peut rester silencieuse et refuser de converser, mais son corps et son image expriment beaucoup. Il existe 1001 informations reçues via l’ouïe et l’écoute.

L'ouïe nous rappelle également que le sens ne vient pas toujours via des explications. Il peut émerger dans une cadence, un refrain, une répétition, un soupir aussi. Parfois un profond soupir exprime un relâchement du corps. Se mettre à l’écoute des sons d’une séance, c'est parfois remarquer où il y a ouverture, fermeture et où la personne retrouve son chemin.

En art-thérapie, écouter c’est accorder de la valeur à l'atmosphère sonore autant que visuelle. C'est reconnaître que le soin se joue aussi dans cette qualité d’écoute. Quand une cliente se sent entendue, se sent écoutée, la thérapie est sur la bonne voie.

 

 

L'odorat : mémoire, atmosphère et présence au réel

L'odorat est un sens dont on ne parle pas vraiment en art-thérapie, modalité plastique. C’est un sens qui pourtant, est loin d'être anodin. Il travaille souvent en arrière-plan, de manière diffuse, immédiate, parfois très émotionnelle. Une odeur peut apaiser, déranger, réveiller un souvenir, signaler un danger ou renforcer une impression de sécurité. Il agit sans passer par la conscience réfléchie.

Durant les dernières années, des personnes ont perdu une partie de leur odorat et goût à cause de la Covid. Même si cela semble peu vital, c’est pourtant un pan de leur capacité à être réceptif au monde qui est grandement affectée.

Dans un atelier ou un bureau d'art-thérapie, les odeurs sont bien présentes. L'odeur du papier, du bois, de la peinture, de la colle, de l'argile humide crée une ambiance spécifique. Certaines âmes créatrices adorent ces odeurs, qui leur indiquent la permission et la liberté de créer. Il existe aussi d’autres personnes sensibles aux bruits et aux odeurs pour lesquelles il faudra faire des ajustements.

L’odorat est un sens très primitif. Ce que l'on sent, au sens olfactif, précède la compréhension. Ne dit-on pas « je ne peux pas le sentir » en parlant de quelqu’un qu’on déteste de manière viscérale. Avant de pouvoir raconter un vécu, il se peut qu'on soit d'abord traversé par une impression d'odeur, d'atmosphère, de proximité ou de rejet. L'expérience olfactive du studio et des matériaux prépare le terrain de la symbolisation.

L'odorat est un sens fortement lié à la mémoire. Une odeur particulière a le pouvoir de faire revenir une scène affective de l’enfance très rapidement. Dans un cadre thérapeutique, cela demande de la délicatesse. Une matière ou une odeur banale pour l'un peut être très chargée pour l'autre. D'où l'importance de porter attention à ce que les odeurs amènent. Par exemple, une personne qui a subi un traumatisme lié à un incendie, peut-être fortement déclenchée par l’odeur d’une bougie par exemple, ou bien le bruit lointain d’une sirène de pompiers. Les sens se réactivent aussi pour alerter sur un potentiel danger.

L'odeur d'un médium n'est donc pas un détail. Elle peut faire partie de la rencontre thérapeutique et de la conversation. Parfois, elle aide à s'ancrer dans le présent. Parfois, elle ouvre une mémoire avec laquelle on peut travailler en séance. Parfois, elle rappelle que la création, ce n'est pas seulement produire une image : c'est être en relation avec une matière vivante, qui nous informe de manière profonde sur nous-mêmes.

Dans cette perspective, l'odorat participe à une réhabilitation sensible de soi.

 

 

Le goût : un sens moins visible, mais puissant

Le goût semble à première vue le parent pauvre des arts plastiques. On ne peut pas manger les matériaux d’art et les mettre dans notre bouche. Pourtant, ce sens mérite d'être interrogé. D'abord parce qu'il fait partie de notre vie sensorielle globale. Ensuite, parce qu'il entretient des liens étroits avec le désir, l'aversion, l'incorporation, la satisfaction, le dégoût, le manque et la relation au corps.

Dans une approche large des sens en art-thérapie, le goût peut être compris de manière symbolique. Est-ce que mon existence « goûte bon »? Est-ce que j’ai de l’appétit pour les choses dans le monde? Comment goûter le moment présent? Apprécier ce qui est là? Avoir du goût pour quelque chose, retrouver un élan, un appétit, une capacité de choisir ce qui nourrit ou non. Le goût rejoint donc l’aspect très concret de recevoir du nourrissement de l’existence, donc du principe maternel.

Lorsqu’on travaille avec les troubles du comportement alimentaire, l’attention au sens gustatif est particulièrement importante. Dans ce contexte, la relation sensorielle au corps n'est pas abstraite. Elle touche à la manière d'habiter son enveloppe corporelle, de percevoir ses besoins, de tolérer ses sensations et de retrouver un lien moins hostile avec soi.

Une exercice célèbre issu de la méditation pleine conscience (Jon Kabat-Zinn, 1990) est de prendre un morceau de raisin ou un carré de chocolat. Puis de porter une attention soutenue à chacun de ses sens pour le manger :

Observer : Tenir le raisin dans sa main, en examinant sa couleur, sa texture et sa forme.

Toucher : Le serrer pour sentir sa texture et son poids.

Sentir : l’approcher de son nez pour en apprécier l'arôme

Goûter : le placer sur sa langue, en le savourant avant de le mâcher.

Mâcher : Le mordre lentement, en remarquant la libération des saveurs.

Avaler : Se concentrer sur l'acte d'avaler et sur ce qui suit. Remarquer aussi comment cela descend dans l’estomac et les sensations intérieures.

C’est une manière créative d’inclure le goût dans une séance d’art-thérapie. De manière générale, une personne qui apprend à utiliser et moduler ses sens aura une existence plus plaisante, sensuelle et ancrée, donc plus vivante.

 

 

Quand les sens se rencontrent : de la perception à la symbolisation

Lors d’une séance d’art-thérapie, les sens ne travaillent jamais seuls.  Vivre comme être humain est une expérience holistique. Le cerveau va recevoir plusieurs stimuli sensoriels et intégrer le tout en une expérience. Regarder une couleur, c'est aussi ressentir son effet à l’intérieur. Toucher l'argile, c'est écouter le bruit que ça fait, humer son odeur, voir sa transformation. Choisir un médium, c'est engager tout un système perceptif et affectif. La création est une expérience multisensorielle.

C'est précisément ce que le niveau créatif de l'ETC tente de saisir : ce moment où les composantes kinesthésique, sensorielle, perceptive, affective, cognitive et symbolique s'intègrent dans une seule expérience transformatrice (Hinz, 2019). Ce niveau est l’inclusion de différents récepteurs, dès lors que la personne entre en relation vivante avec la matière.

Il est important de ne pas réduire l'art-thérapie à une analyse sur la production d’une image : les 5 sens ont été mobilisés et offrent différentes fenêtres pour « regarder » et recevoir l’œuvre. Le processus a commencé bien avant les mots. Il commence dans la relation entre le corps, la matière, l'espace et le temps. McNiff le formule de cette manière : l'expérience sensible n'est pas un détour secondaire vers le sens, elle en est souvent la condition.

Et l’intuition? N’y a-t-il pas un sixième sens? Suivre un processus créatif demande souvent de faire confiance à des perceptions encore floues, à des choix qui ne s'expliquent pas immédiatement, à des élans qui précèdent la formulation consciente. L'intuition n'est pas l'opposé de la rigueur factuelle. Elle est une manière d'habiter le processus avec attention.

 

 

Quelques mises en garde

Avec les personnes autistes.

Accompagner une personne autiste en art-thérapie exige une formation solide. Certains cas, notamment les enfants avec mutisme, requièrent un suivi en équipe multidisciplinaire. Lorsque la personne présente de fortes sensibilités (bruits, odeurs, textures), l'art-thérapeute adopte une approche fondée sur la prévisibilité et l'adaptation de l'environnement. Une évaluation clinique du profil sensoriel (auditif, olfactif et tactile) est indispensable avant de commencer le suivi.

Selon Richardson (2015), pour les personnes ayant un grand besoin d'ordre et de propreté, mieux vaut privilégier les matériaux résistants et secs (crayons, feutres) et recourir à des outils médiateurs comme les pinceaux longs ou les spatules. Les matériaux plus envahissants (peinture, argile) peuvent être introduits graduellement, en petite quantité. Une lumière douce et un environnement silencieux complètent ce cadre prévisible.

 

Télécharger notre grille d’évaluation sensorielle pour enfant autiste ici.

 

Avec les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de démence.

Les personnes âgées ont souvent besoin de séances plus longues (entre 45 et 90 minutes) en raison d'un rythme plus lent et du temps nécessaire pour activer la réminiscence (Pike, 2025). Au stade avancé de la maladie, certains patients ont tendance à porter les matériaux à la bouche : il faut donc éviter les noyaux, graines ou petits éléments présentant un risque d'étouffement.

Selon Stéphanie Beillouin (2016), qui travaille principalement avec les textiles, le choix des matériaux mérite une attention particulière lorsque la maladie est avancée. Les outils de dessin ou de peinture peuvent être perçus comme anxiogènes ou étrangers si la personne ne les a jamais pratiqués auparavant. La culture d'origine influence également ce qui sera familier ou non.

L'art-thérapeute privilégiera des matériaux faciles et légers à manipuler. Les supports lourds ou froids ne conviennent pas aux mains frêles ou arthritiques, et les outils trop petits sollicitent excessivement la vue et la motricité fine, mettant les personnes en situation d'échec.

 

Nous offrons une série d’ateliers créatifs en ligne, sur le thème des 5 sens. Il est encore possible de se joindre. Replays disponibles. 

Pour en savoir plus sur le Cercle de Flow : Sensorielle, clique ici.

 

 

Conclusion

Réintroduire les sens en art-thérapie, c'est rappeler une vérité que nos habitudes intellectuelles tendent à effacer : l'être humain ne se transforme pas uniquement par la pensée. Il se transforme aussi en voyant autrement, en touchant une matière, en écoutant un rythme, en respirant une odeur familière, en retrouvant le goût des choses.

L'art-thérapie offre cet espace singulier où la perception redevient une alliée du soin. Non pas comme stimulation décorative, ni comme performance sensorielle, mais comme voie d'accès à une présence plus vivante. Le Continuum des Thérapies Expressives nous donne d'ailleurs un langage clinique pour accompagner cette présence : choisir un matériau, ajuster une consigne, observer où la personne se déploie ou se contient, voilà déjà un acte thérapeutique.

À l'heure où la profession cherche à mieux articuler ses fondements théoriques, la dimension sensorielle mérite une place plus centrale dans la formation des art-thérapeutes francophones. Comprendre comment les médiums sollicitent le corps, la mémoire et l'affect, c'est se donner les moyens d'une pratique rigoureuse, ancrée dans la matière autant que dans la relation.

Les cinq sens nous rappellent enfin que la création n'est pas un luxe ajouté au travail thérapeutique. Elle est une manière d'entrer en contact avec ce qui, en nous, cherche une forme. Et cette forme commence presque toujours par une sensation.

 

 

Articles de Blogue sur le CTE :

Enrichir sa créativité avec le Continuum des Thérapies Expressives CTE

 

 

 

Toutes les images utilisées dans cet article sont libres de droits, issues de l'application CANVA.

Références bibliographiques

Beillouin, S. (2016). L’art-thérapie pour les malades Alzheimer. Eyrolles

Daoust, M. (2023). L'exploration des couleurs en art-thérapie : vers l'expression de soi et la cocréation avec le monde [Essai de maîtrise, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue].

Elbrecht, C. (2012). Trauma healing at the clay field: A sensorimotor art therapy approach. Jessica Kingsley Publishers.

Elbrecht, C. (2019). Healing trauma with guided drawing: A sensorimotor art therapy approach to bilateral body mapping. North Atlantic Books.

Hinz, L. D. (2015). Expressive Therapies Continuum: Use and value demonstrated with case study. Canadian Art Therapy Association Journal, 28(1‑2), 43‑50. https://doi.org/10.1080/08322473.2015.1100581

Hinz, L. D. (2019). Expressive therapies continuum: A framework for using art in therapy (2e éd.). Routledge.

Kagin, S. L., & Lusebrink, V. B. (1978). The expressive therapies continuum. Art Psychotherapy, 5(4), 171‑180.

Lusebrink, V. B. (2010). Assessment and therapeutic application of the Expressive Therapies Continuum: Implications for brain structures and functions. Art Therapy, 27(4), 168‑177.

Malchiodi, C. A. (Ed.). (2012). Handbook of art therapy (2nd ed.). Guilford Press.

Pike, A. A. (2015). Art therapy with older adults: A focus on cognition and expressivity. The Wiley Handbook of Art Therapy, 272-281.

Richardson, J. F. (2015). Art therapy on the autism spectrum: Engaging the mind, brain, and senses. The wiley handbook of art therapy, 306-316.

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